Piégros-La-Clastre, septembre 2014, 
Une rentrée sous les augures du retour de la territorialisation

Depuis de longues années et plus récemment avec les avatars de l’acte III de décentralisation, la Région sortait son épingle du jeu comme échelon dit stratégique, tant pour l’Etat que pour les Conseils Régionaux. Il était qualifié de bon niveau pour les exercices de prospective et de définition des orientations, et ce, au sein d’espaces se voulant toujours plus coopératifs. 
Les niveaux infra se retrouvaient alors en posture de vassalisation au mieux d’instrumentalisation. 

Ainsi, les services de l’Etat ont délaissé les compétences accumulées de longue date au service de l’accompagnement des projets sur les territoires. Un sentiment de technocratisation de l’intervention de l’Etat se fait de plus en plus jour, tout légitimement. De nombreux exercices imposés et formels voient ainsi le jour : démarches de contractualisation, conceptions de schémas divers et variés, dialogues de gestion, … Exercices importants mais qui se réalisent souvent au détriment d’une analyse plus fine, toujours aiguisée des attentes des territoires et des signaux faibles pourtant bien utiles pour enrichir la construction des politiques publiques, laissant ainsi la proximité à d’autres, toujours plus friands de guichets uniques pour déverser les offres de service, malheureusement de manière bien descendante. 

Le débat s’est bien souvent instruit de manière caricaturale, entre un Jacobinisme exacerbé où le commandement ne fait qu’un avec des opérateurs en charge d’une mise en œuvre souvent non différenciée malgré des situations des plus diverses ou, un Girondisme lui aussi bien sûr de lui, prêtant aux niveaux infranationaux bien des vertus, laissant à penser la fin de l’Etat, voire de la Nation. 
C’est dans une longue tradition de pensée que se joue cette tension, prétendre la régler en tranchant pour l’une ou l’autre des approches, au bénéfice d’un choc de simplification, serait un dangereux leurre. La France est faite de territoires riches de diversité qu’il convient de cultiver mais d’inégalités qu’il convient de corriger. L’action publique doit conjuguer ces deux nécessités, respectueuse des projets de territoire portés par les élus et la société civile, mais soucieuse des inégalités et des dynamiques qu’il convient de renforcer, voire de créer, quand rien ne bouge au bénéfice d’un sous-développement malheureusement générateur d’un vivre ensemble fracturé, mal mené. 

Mais heureusement cette tension s’active quand il s’agit de renforcer l’une ou l’autre des approches. L’acte III de décentralisation, quelles qu’en soient les différentes moutures, a réveillé la nécessité d’investir les territoires. Cela n’était pas gagné, il a été même possible de penser l’inverse. Nous nous sommes réveillés un beau matin où l’on nous affirmait que point de salut sans les métropoles, faisant des autres espaces, des lieux résiduels, des réserves d’indiens, privés de toute possibilité de développement. 

Quels sont alors les mots clés pour panser les maux des approches souvent univoques délaissant les contradictions et préférant le simplisme à la prise en compte de la complexité dans laquelle nous nous retrouvons ? 

Les approches cloisonnées doivent être délaissées, il faut apprendre à conjuguer économie, social et emploi. Ainsi, il convient de créer les lieux sécurisés de confrontation au bénéfice d’approches riches de diversité mettant autour de la table l’ensemble des parties prenantes. Le territoire est cet espace des possibles du débat citoyen, où la puissance publique joue de concert sa fonction régalienne au bénéfice des équilibres, de l’équité, mais aussi son rôle de facilitation dans le partage des enjeux et au bénéfice d’un projet de développement partagé. 

A défaut de savoir jouer cette partition, c’est la régulation publique qui en sera mise à mal et d’ailleurs à juste titre, quelle peut être la plus-value de la régulation publique, quand celle-ci se vide de sa substance en délaissant les lieux réels où vivent, travaillent et souffrent les habitants ? 

Pour autant, il convient de ne pas oublier que l’action publique relève nécessairement d’un portage collectif institué et non d’interventions singulières laissant l’agent seul, face à cette responsabilité. L’individualisation des comportements non institués sonne le glas d’une régulation publique, faisant de cette dernière, une nouvelle parcelle gagnée par un libéralisme débridé, qui ne peut à lui seul, traiter de la question Sociale.