EMPLOI ET TERRITOIRES

Thème du colloque cette année :
 
« Recul de l’industrie et de l’agriculture, progression des services, métropolisation, polarisation de l’emploi, crise : de profondes évolutions de l’activité et de l’emploi, récentes ou plus anciennes, impactent très inégalement les territoires. »

Des analyses partagées et des visions différenciées
 
Bien que ces affirmations soient acceptées de la plupart des intervenants, certaines analyses, diagnostics où solutions à apporter peuvent différer.
 
La Métropolisation, un constat qui s’impose
 
La métropolisation en France s’est imposée dans les faits.
L’aire urbaine de Paris représente à elle seule un quart des emplois en France et plus de 30 % de la richesse créée sur notre territoire (TAVERNIER). Ces deux chiffres démontrent la prédominance de l’activité économique Parisienne.
 
Mais d’autres métropoles (14 sont recensées en France) et de très grandes aires urbaines ont également des taux de croissance d’emploi significatifs et comptent dans les reconstructions territoriales. Pour la majorité de ces territoires les taux de croissance d’emploi sont même supérieurs à ceux de l’aire urbaine de Paris aujourd’hui.
 
Si selon (GRONDIN), en France, c’est à Paris « que tout se passe » et que le rêve de tous les entrepreneurs est de tenter son expérience en Silicon-Valley, les métropoles régionales peuvent être attractives pour initier de nouvelles opportunités à forte valeur ajoutée, (prix du foncier moins élevé, moins de concurrence et plus de facilité à octroyer des fonds publics pour s’agrandir).
 
Ce phénomène de métropolisation est constaté dans d’autres pays et notamment aux Etats-Unis (STORPER). En 2010, 44% de l’emploi était concentré sur 1,5% du territoire et ce phénomène va en s’accentuant. Impossible donc pour (LEVY) de nier ce fait urbain.
 
Le développement peut avoir droit de cité en dehors des métropoles
 
Les cartes des taux de création d’emploi en France sont en parfaite corrélation avec celles des taux démographiques. Il est donc impossible de savoir si c’est grâce à la démographie que les taux d’emploi augmentent ou l’inverse.
Pour (BOUBA-OLGA), d’autres territoires ne faisant pas parties de ces 14 métropoles ou de ces très grandes aires urbaines peuvent pour autant être dynamiques (ex : Figeac, Niort, Poitiers). Le fait urbain n’est pas le seul fait explicatif d’une bonne performance économique.
 
Le secteur industriel, certes bien moins important ces dernières décennies, reste un moteur de développement au sein des territoires. La représentation de ce secteur au sein des métropoles est bien plus faible que d’autres activités telles que le tertiaire. Il y a des écosystèmes performants hors métropole (GALLEZOT). Le prix du foncier, l’histoire industrielle de certains territoires peuvent attirer d’avantage que des espaces métropolisés. L’attractivité est une notion primordiale.
 
Métropolisation et inégalités spatiales, sociales…
 
La métropolisation des emplois concerne dans la majeure partie des emplois qualifiés. Ce qui accentue les inégalités entre les territoires et les personnes.
 
STORPER, nous rappelait que l’Etat providence jouait un rôle important dans la redistribution et le lissage des inégalités, ce qui est beaucoup moins le cas aux Etats-Unis. .
 
Pour (BONNET-GALZY), ce n’est pas pour autant qu’il faut stigmatiser l’impact des métropoles sur le territoire, bien au contraire, il faut capter les effets positifs pour contre carrer les inégalités. Par exemple : développer la mobilité, l’accès au numérique, développer les GPEC, les coopérations entre les territoires, promouvoir l’égalité des chances (santé, éducation, formation…)
 
La problématique est de savoir s’il y faut mettre en œuvre des politiques ciblées sur les publics en difficulté leur permettant de rejoindre ces territoires dynamiques : là où l’emploi est présent. Ou bien alors, développer et investir dans les territoires en moins bonne santé économique, là où la fracture territoriale est la plus importante et concevoir des politiques de développement économique.
 
Laisser à l’abandon certains espaces est contraire aux objectifs portés autrefois par la DATAR (CGET aujourd’hui). Pour autant, faut-il investir dans un territoire s’il y n’a aucun avenir ?
 
L’étude réalisée par le COE et l’institut CSA sondage, présentée par (GAILLOT), fait ressortir que les personnes les plus mobiles sont majoritairement des hommes, jeunes et qualifiés.
Les autres personnes dites « plus faibles, plus fragiles » sont moins prêtes à changer de territoire, pour des raisons personnelles et de coût (déménagement…). Certains d’entre eux préfèrent même changer de métier plutôt que de partir de leur lieu de résidence actuel (De BALATIER).
Ainsi, laisser à l’abandon ces territoires contribue à renforcer les inégalités entre les personnes et accroit la fracture territoriale.
 
De ce constat, plusieurs solutions ont été apportées
 
Chaque territoire a sa particularité, pour être efficace, il faut donc « faire du sur mesure » (BOUBA-OLGA) et arrêter de chercher « un modèle de référence » (LEVY) de développement des territoires comme autre fois avec le modèle Italien, puis les clusters et aujourd’hui de métropole. Rechercher l’égalité entre les territoires ne signifie pas l’uniformisation (LEVY).
 
Contribuer à développer et encourager les initiatives locales afin de permettre la mise en place de réels projets, permettant donc de développer un dynamisme au sein des territoires (De BALATIER).
 
De quelques conclusions
 
- Pour (CARENCO), l’urgence est d’être capable de travailler tous ensemble « arrêter de se disputer qui fait quoi (…) il faut plus de coopération de rassemblement et d’humilité pour développer les territoires ».
 
- Investir dans la mobilité et la formation semble faire consensus, permettant de conserver le dynamisme des métropoles tout en développant par le haut les territoires moins dynamiques (BONNET-GALZY, WASMER).
 
- Investir sur la mobilité des personnes : aux Etats-Unis la mobilité des chômeurs est bien plus importante, il n’y a donc pas de fatalité à ce phénomène (WASMER)
 
- Conserver et développer les activités du secteur industriel, car elles sont génératrices de création d’ emplois indirects et induits.