La marseillaise à New york

C’est dans ces moments effroyables, de réveil des plus douloureux, de gueule de bois des petits matins où Paris était une fête que la notion d’Etat envahit l’écran médiatique. On se rappelle alors qu’il y a encore des fonctionnaires qui ont fait le job, que la souveraineté de la République française peut être convoquée... que des moyens doivent être diligentés.
On se met même à vanter les mérites de notre modèle social, sociétal et ce, la larme à l’oeil quand on voit les monuments de villes capitales s’illuminer des couleurs de la République, la Marseillaise jouée au Metropolitan Opera NYC.
 
Adieu pacte de stabilité, vive le pacte de sécurité. Bruxelles nous le concède.

L’effroi, l’émoi face à la barbarie nécessite certainement des mesures d’exception, un congrès à Versailles, l’unité nationale. Un travail de deuil est nécessaire. Des proches ont été touchés, abattus, handicapés. Le traumatisme est profond. Un après vendredi 13 novembre reste à imaginer.
 
Des chemins se dessinent et empruntent les voies que malheureusement l’histoire nous a fait déjà prendre.

Nous serions en guerre contre un proto Etat, contre une civilisation, que n’a-t-on pas entendu ? Faut-il se rappeler de triste mémoire l’Unité Nationale prononcée la vielle de la guerre de 1914, dont on connait l’addition : 8 millions de morts. Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? Pourquoi l’histoire n’est-elle pas garante de notre sagesse. Notre « civilisation » n’est-elle en capacité d’agir que dans l’émoi, la souffrance. Nous avions été choqué des frappes américaines contre l’Irak, le lendemain du 11 septembre... nous faisons de même.
 
Le mal est profond et nécessite que nous nous protégions, il va s’en dire.

Mais le traitement de cette situation nécessite également, un temps de réflexion, de remise à plat de tous nos fondamentaux. Cette situation ne peut être considérée comme étrangère à nos actes. Notre belle République n’a pas toujours été dans l’histoire récente des plus exemplaire, tant sur le plan extérieur, qu’intérieur. Il n’est pas ici l’objet de faire la liste des tristes heures de nos actions de baroudeurs dans le monde... fussent-elles justifiées au bénéfice du siècle des Lumières, mais revenons sur le plan intérieur, sans oublier les actes barbares commis un peu partout dans le monde.
 
Et l'Etat social ?

Nous venons de traverser trente années qui ont contribué à l’effacement de la spécificité de notre modèle qui serait tant envié : l’Etat social a été mis à mal, la main gauche de l’Etat comme le citait Bourdieu a été torpillée, vilipendée, dépecée sur l’autel de la secte barbare des thurifaires du libéralisme. Le résultat est là, des hôpitaux, une justice, des services publics exsangues, au bord du gouffre. Le tout accompagné d’une idéologie hégémonique de la vertu de l’individualisme, l’Homme réduit à sa seule rationalité économique, sans coeur, sans autre désir que marchand. Des quartiers, des territoires abandonnés sacrifiés au bénéfice de la seule ligne de conduite que Bruxelles nous enjoint de suivre : en finir avec la dette publique... dette faut-il le rappeler qui a servi à éponger les ignominies commises par notre système bancaire englué dans la modernité de la titrisation, et autres suppléments d’âmes de l’ingénierie financière enseignée dans nos chers universités... au détriment de l’enseignement de l’économie politique, qui serait devenue ringarde.
 
C’est le patrimoine de l’humanité à laquelle nous appartenons qui est attaqué... mais de toute part.

Que le discours du Bourget reste bien lointain... cette ville restera à jamais associée plus que jamais à la vitrine qu’elle représente en matière de vente d’armes !
 
Le sujet est bien sûr très complexe, et les raisonnements de causalité ne peuvent suffire. Une certitude peut pour autant être posée. Une République sans Etat ne peut être viable, et pas uniquement dans les moments de trouble. Comme le disait Béveridge, nous avons besoin d’un Etat qui nous accompagne tout au long de nos épreuves de la vie. Il convient de savoir conjuguer les libertés individuelles qui s’accommodent guère de l’état d’urgence (la minuscule est nécessaire pour éviter les confusions) et la nécessité de sécuriser nos vies face aux incidents de parcours (santé, vie professionnelle...). Pour construire ses garanties collectives en contreparties de nos libertés individuelles, un Etat fort est nécessaire. Il doit pouvoir mobiliser des compétences, des valeurs qui se transmettent de génération en génération au sein d’organisations agiles, toujours en veille, dans tous les sens du terme, pour répondre aux mieux à des besoins et des usages sociaux qui ne cessent d’évoluer.
 
Alors investissons dans l’avenir... faut-il rappeler que c’est notre jeunesse qui a été attaquée le vendredi 13 novembre ?

Les vieilles coupes sombres dans les budgets des collectivités locales, dans la caisse de la sécurité sociale, du budget de l’Etat doivent appartenir à un passé révolu. Un euro dépensé selon que celui-ci est affecté à réparer, à agir dans l'urgence n'a pas la même rentabilité qu'un euro s'il est investi au service de la prévention. Ce qu'il convient de reconstruire, ce que nous avons laissé partir à vau-l'eau va nous coûter infiniment plus cher que si nous avions maintenu l'effort ces trente dernières années.
 
 
 Messieurs les modernisateurs de la casse publique, je vous salue bien bas.