A l’origine, l’absence d’une volonté publique, un laisser-faire de mise
La forme structurante de l’intervention publique s’est construite au milieu du XIX° siècle avec une approche plutôt régalienne. C’est ainsi que sur les sujets qui nous préoccupent, l’Etat s’est contenté d’une approche centrée sur les questions du travail en produisant un champ normatif et un corps d’inspecteurs en charge de vérifier l’effectivité de la Loi, faisant par voie de conséquence, de l’emploi, une question relevant de la prérogative des employeurs. L’Etat s’est donc désinvesti originellement de son rôle de régulation sur le marché du travail, laissant la main invisible à la manœuvre.
De la charité à l’émergence de la société civile
C’est ainsi, que la nature ayant horreur du vide, la charité s’est invitée pour traiter de la question du non emploi. La société civile émergente s’est alors occupée d’une population exclue du champ productif. Cette population à la marge, sans livret de l’ouvrier ou paysan était considérée, non pas comme chômeurs, mais comme vagabonds susceptibles d’être mise sous écrou. Il faut attendre la fin du XIX° siècle pour dépénaliser le vagabondage et considérer que ces populations étaient privées d’emploi de manière non volontaire : la notion de chômeur naissait et devenait également une caractéristique statistique.
La lente émergence des institutions du service public
C’est au bénéfice du programme du conseil national de la résistance que la question de l’emploi devenait un sujet constitutionnel. Le préambule de la constitution de 1946 précisait le droit à l’emploi et le devoir de travailler. Les bureaux de main d’œuvre furent ensuite étatisés, faisant des directions du travail, les directions du travail et de la main d’œuvre. L’Etat prenait alors en charge la question du non emploi.
Les partenaires sociaux ne sont pas en reste
Pour instruire le droit à la réparation des personnes privées d’emploi, les partenaires sociaux furent convoqués pour construire l’UNEDIC, organisme à gestion paritaire, en charge de gérer les fonds des cotisations en vue de traiter de l’insécurité liée à la perte d’emploi. La question de l’emploi devenait alors une question partagée. D’autant plus, qu’il convient de ne pas perdre de vue que dans la constitution de 46, les collectivités territoriales sont dotées de compétences générales, leur permettant d’agir au-delà de leur champ de prérogative.
L’emploi : une question partagée
Etat, partenaires sociaux et élus sont donc bien au chevet des questions liées aux situations de chômage.
Mais il faut attendre par simple circulaire au milieu des années 80 pour cconsacrer la naissance du service public de l’emploi missionné pour analyser finement sur des bases territoriales les déterminants du chômage et mettre ainsi en œuvre des actions concertées en vue de traiter des situations mais également de les anticiper. La circulaire fait référence ainsi à la prévention des licenciements.
Le territoire s’impose
Le territoire devenait alors le théâtre des opérations portées par le Ministère du travail devenu de l’emploi et de la formation professionnelle. Minimisant ainsi le rôle structurant de la macro-économie, préférant opter pour l’action de proximité, le diagnostic devint l’Alpha et l’Omega de l’action publique, du moins du point de vue prescrit.
Mettant autour de la table DDTEFP, ANPE, AFPA, considérés comme étant le noyau dur du SPE, ces derniers devaient y adjoindre les collectivités territoriales, constitutives d’un second cercle, puis d’un troisième avec les différents opérateurs chargés de mission en matière d’accompagnement comme les organismes de formation.
Aujourd’hui, la récente Loi NOTRe offre aux Régions la possibilité de coordonner les différents intervenants sans préjudice des prérogatives de Pôle emploi.
Faire diagnostic…
Ainsi la question du partage du diagnostic est consubstantielle à la création d’un jeu d’acteurs mobilisant conjointement l’Etat, les Partenaires Sociaux, les Elus mais également l’opérateur central du marché du travail qu’est Pôle emploi.
Pour autant, un premier constat s’impose, chaque acteur, opérateur est doté d’un diagnostic spécifique. Qu’il s’agisse de la Région, des branches avec leurs observatoires, du conseil départemental, de Pôle emploi… Tout cela est bien compréhensible, chaque acteur ayant une partition en propre à jouer.
Ainsi Pôle emploi doit développer au travers du diagnostic, une expertise sur l’évolution des emplois et des qualifications. Les priorités de Pôle emploi sont de territorialiser l’action, de personnaliser l’offre de service et d’impulser une déconcentration accrue, y compris avec la possibilité de mobiliser une enveloppe financière dédiée. Ce qui contribue à donner davantage de marge aux divers échelons managériaux dans la déclinaison des orientations stratégiques et du fonctionnement courant. Dans ce cadre, le diagnostic territorial devient dès lors le socle commun aux différents choix stratégiques. Il s’inscrit dans le pari de la confiance et pose la nécessité d’une démarche ascendante afin de mettre en œuvre des dispositifs les plus adaptés possibles aux réalités des territoires, toujours bien spécifiques.
Le partage s’impose
Pour autant, afin d’assurer la cohérence et la pertinence des différents acteurs, un diagnostic partagé doit être à l’œuvre. Il s’inscrit dans un processus interactif, et permet de définir avec les partenaires un nombre d’axes limités stratégiques par territoire, mais également de s’accorder sur un territoire pertinent en fonction d’un projet commun. Cette démarche s’inscrit dans une logique de coopération. Cette nécessité de partage se trouve tout autant dans la circulaire du 15 juillet 2014 qu’au sein des instructions internes à Pôle emploi.
Il est important de noter que le partage du diagnostic ne doit intervenir qu’après la confrontation des différents états des lieux respectifs réalisés par les différents auteurs des travaux de diagnostic. La concertation porte alors sur le partage des enjeux du territoire et des priorités elles aussi à partager et qu’il convient de faire vivre.
Pour une réforme au service d’une politique publique
Une réforme ne peut tourner le dos à notre construction sociale mettant autour de la table différents regards complémentaires, évitant le surplomb de l’un d’entre eux. La société civile est la première à s’être investie sur le sujet, l’Etat ne voulant s’immiscer, nous sommes là au XIX° siècle, certes. Mais que serait aujourd’hui le champ de l’insertion sans cet investissement des bénévoles et du tissu associatif ! Les partenaires sociaux ont la charge, quant à eux, d’honorer le principe de la réparation en l’absence de travail, d’organiser la collecte au bénéfice de la professionnalisation des actifs. Les élus, sur les territoires expérimentent, tissent des liens entre l’économie et l’emploi. Les Régions organisent le déploiement de la formation. Quant à l’Etat, il veille à l’égalité de traitement et conçoit les outils des politiques publiques. 
Le quadripartisme, un horizon indépassable
Sur ces principes, d’ailleurs repris par la loi du 5 mars 2014 avec une instance régionale quadripartite (le CREFOP), le renforcement du paritarisme (le COPAREF) et les articulations renforcées entre le SPE et ces instances, il devient alors possible de faire converger les efforts des uns et des autres au service d’une stratégie régionale de l’emploi négociée et mobilisant les parties prenantes. 
Mais alors, un service public de l’emploi pour faire quoi ?
C’est ici que doit résider les axes structurants d’une réforme. Différentes voies de progrès peuvent être énoncées :
• Le service public doit renforcer sa capacité à produire de la connaissance sur les forces, les faiblesses, les menaces et les opportunités des différents territoires d’intervention afin de dessiner les actions stratégiques qu’il convient de déployer.
• Les partenariats d’analyse peuvent alors être mis au bénéfice d’actions concertées et partagées rendant lisible l’action et permettant ainsi son évaluation.
• Le service rendu auprès des bénéficiaires doit permettre aux actifs en demande d’emploi ou pas, de dessiner des projets professionnels qui se doivent d’être sécurisés.
• Les liens entre l’entreprise et la formation méritent d’être renforcés afin de mobiliser des ressources au bénéfice d’actions vertueuses d’anticipation des risques d’obsolescence des compétences dans un tissu économique en forte évolution.
Un lieu ressources pour les intermédiaires de l'emploi
Si au lieu d’aboyer avec les loups pour une énième réforme organisationnelle, nous nous investissions au service de la professionnalisation du jeu d’acteurs, ne serions-nous pas collectivement plus forts pour corriger les inégalités territoriales qui se creusent et éviter l’évincement d’un nombre croissant d’actifs du marché du travail, disqualifiés en l’absence d’un réel accompagnement, visant le court et le moyen terme, au bénéfice d’un parcours maîtrisé ?