2015 arrive à son terme alors que les premiers frimas ne sont pas encore au rendez-vous
Le niveau des mers et des océans montent inexorablement, comme le niveau du chômage et le thermomètre. Notre modèle de croissance est sur le banc des accusés.
 
Encore sous le choc des actes barbares du 13 novembre
La campagne et les résultats des élections régionales laissent un goût amer. Abstention, renonciation, petit fumet de peste brune. L’Etat est exsangue, sans le sou, il ne lui reste que l’émotion comme terrain de jeu. Les collectivités territoriales sont chahutées par d’incessantes réformes, de nouvelles compétences à financement réduit, et toujours plus réduit.
Les fonctionnaires sont en quête de sens, réformes structurelles en tous genres, mutualisations, fusions, mobilités plus ou moins encouragées. Mais en l’absence de boussoles, les souffrances au travail s’installent durablement.
Des PME aux horizons temporels obscurcis confrontés à des carnets de commande qui tutoient le mois et non plus le trimestre. Temporalité peu propice pour agir et concevoir les nouvelles opportunités de développement.
 
Les relations sociales se durcissent alors que l’agenda social ne cesse de s’alourdir
Réforme du code du travail, CPA, refonte des branches, et cela dans un concert de contradiction entre d’une part, une volonté de professionnalisation et de qualification des actifs et d’autre part, une chasse effrénée aux soit disant entraves perçues… compétitivité hors coût ou compétitivité par la diminution des coûts. Règles sociales au pilori de nouveaux principes où la subordination appartiendrait à un passé révolu… tous devenus clients ou fournisseurs. Le droit commercial et le droit civil effectuent un retour en force d’une scène qu’ils ont quitté au XIX° siècle. La singularité du droit du travail pour nous permettre de promouvoir l’égalité et la fraternité sont des valeurs qui s’accommodent peu des exigences d’un marché débridé et des thurifaires en tout poil qui nous vantent la pureté cristalline de leur modèle de dérégulation à tous les étages.
 
Vent dans les voiles, tangage et louvoyage rendent peu perceptibles la feuille de route de l’action publique
Comment expliquer que l’on puisse collectivement se trouver sans grand dessein pour les décennies à venir qui devraient au contraire nous offrir de formidables opportunités pour panser et repenser un modèle social à la dérive ?
Pourquoi si peu d’ambition où l’espace des possibles est laissé aux marchés financiers, aux banquiers, ou encore aux barbares. La résilience est devenue notre seul horizon. A défaut de faire preuve d’anticipation, nous sommes condamnés à apprendre à prendre des coups, l’adaptation est érigée au rang de valeur professionnelle suprême.
Et pourtant, un travail de conception doit être à l’œuvre. Exercice rendu difficile par toutes les officines bien pensantes qui crient à l’orfraie que tout doit être simplifié, détricoté, vidé de sa chair… et que l’inconnu, l’étranger doit être banni, car source du mal.
S’y aventurer, c’est courir le risque d’être comptabilisé dans ce qui est aujourd’hui constitutif du monde des élites rendues coupables de tous les maux, divisant la société entre ceux qui sont sur le terrain et les autres en apnées, éloignés du réel. Dans les élites, on dénombre aussi bien les médias, les hommes de pouvoir mais aussi ce qui reste d’intellectuels, d’acteurs agissants…
Fini la division en classes sociales et les catégories de la sociologie. Tout peut s’appréhender à l’aune de l’individu, tracé, traqué par les algorithmes de l’environnement des DATA. A quoi bon comprendre, il convient juste de connaître. L’humain et les relations sociales, le vivre ensemble, la question sociale ne font plus partie des radars de la nouvelle économie vers laquelle, il serait nécessaire d’aller, n’ayant plus d’autres alternatives possibles.
 
Et pourtant, de formidables potentialités sont à investir
En lieu et place d’honorer le Dieu tout puissant des marchés et en lui faisant tous les jours les offrandes nécessaires, des sacrifices de femmes et d’hommes, à peine perdue, d’autres chemins doivent être explorés. Sans évoquer d’un côté, la responsabilité individuelle, les modifications inéluctables de comportements qui sont autant de tactiques perfides de la culpabilisation, et de l’autre, le lourd travail de refondation de nos institutions, institutions sans lesquelles, nous ne pourrons imaginer d’avenir pacifié, civilisé, garant du bien commun, un niveau intermédiaire peut être investi, de quoi s’agit-il ?
Sans attendre les lendemains qui chantent, et dans la perspective de repenser nos modèles de régulation, des lieux et des espaces doivent être sérieusement réinvestis. Tous les niveaux intermédiaires sont porteurs de civilisation et surtout d’imagination. Qu’il s’agisse des territoires, des équipes de travail, des organisations de la société civile… la pensée empêchée, le comportement empêché peuvent être mis à mal. Le travail collectif doit alors changer de logiciel. Il peut s’apparenter à un acte de résistance. A la pensée dominante nourrie au biberon de la rentabilité, des économies à faire, de l’impériosité de la concrétude, nous osions l’audace de la pensée, du temps long, de l’usage social des choses et reposions les termes et les règles de nos débats pour construire des alternatives à une pensée dominante, bien fragile quand nous savons reprendre notre sens critique spolié par la bien pensance que nous nous imposons parfois même sans qu’aucune contrainte nous soit donnée.
L’aliénation est parfois bien plus forte qu’on ne le pense, ou qu’on veut le penser. Investissons les interstices, soulevons les plafonds de verre et retrouvons les voix de l’initiative et cultivons nos marges de manœuvre.