Le fonctionnement actuel de notre économie ne brille ni par son efficacité économique, ni par sa capacité à insérer de manière durable des populations de plus en plus marginalisées et fragilisées. Par ailleurs, pris en tenaille dans un effet ciseau redoutable, entre d’une part, une croissance de la population active et d’autre part,  un taux de croissance des plus faibles, l’émergence de politiques d’ambition en matière de transition qu’elle soit numérique, énergétique, voire collaborative ne semble pas partie prenante de l’agenda politique actuel tant préoccupé par des réformes constitutionnelles d’inspiration sécuritaire. Nous sommes ainsi prisonniers d’un débat politique accaparé par le court termisme et l’affichage. Alors que nous fêtons les 70 ans du Plan, l’horizon du long terme, de l’expression d’une ambition ressemble à la célébration d’une page d’histoire jaunie appartenant à l’ère glacière.
 

Les intérêts privés à la manoeuvre

Le politique semble contraint à la seule réaction à forte connotation émotionnelle et peu enclin à l’écriture de visées fortes de sens. Les hommes politiques se plaisent alors dans le storystelling, l’écriture de livres qui font les têtes de gondole des points Hachette et se vautrent dans les émissions du prime Time pour faire "branchés". Faute de sens, les lobbys s’affrontent, taxis contre VTC, agriculteurs contre distributeurs, salariés du privé contre fonctionnaires... La liste s’allonge et l’intérêt général toujours plus mis à mal, foulé au pied d’intérêts toujours plus impérieux alimentant des rentes explosives au bénéfice de réels privilégiés guère préoccupés par les générations à venir, ayant privatisé toujours plus les communs de l’humanité. En l’absence de lignes d’horizon, le désengagement se répand comme une nappe de pétrole sur une ligne d’eau pure. Alors que les alternatives nécessaires nécessiteraient de réels investissements et une mise au pas des rentiers ou des lobbys divers, le global, la macroéconomie s’abonne à la presse people et à l’exercice facile du cynisme et de l’arrogance de ceux qui savent face à ceux qui souffrent et n’en peuvent plus, acculés alors à des dérives les plus préoccupantes.
 
De nouvelles alternatives fleurissent

Dans ce monde pollué par le TINA et le cynisme des classes dirigeantes, naissent ici où là de réelles alternatives locales portées par des femmes et des hommes de conviction. Ces dernières arrivent à croiser et mettre en lien des approches qui sont cloisonnées, galvaudées quand elles sont traitées du sommet. Car aujourd’hui c’est au local, sur les quartiers, sur les territoires que naissent des approches où de nouvelles formes de l’intérêt général, de la réappropriation démocratique du commun se jouent. Il leur faut un formidable courage pour résister, jouer avec ce monde tel qu’il est et qu’il avance, pour se déjouer des pièges qui sont leur sont tendus. Les inventeurs du futur sont marginalisés, décriés, catalogués de doux rêveurs, d’utopistes. Peu écoutés, isolés et pourtant, ces derniers commencent à faire sens, à faire système. Noémie Klein parle de biocadie à leur égard. Il s'agit de nouvelles mobilisations, d'un travail collectif regroupant des populations déterminées à s'opposer à des modes de vie qui leur seraient imposés et construisent leurs alternatives.
 
L'IAE se réinvente et réenchante les modèles de développement

Alors où en est la biocadie en France ? Sans être exhaustif sur le sujet, une focale spécifique sur l’économie sociale et solidaire est nécessaire notamment autour des problématiques d’insertion par l’activité économique. Si l’on évite tout regard instrumental à l’égard de l’IAE et sa seule contribution aux sorties positives en direction  d’un monde marchand guère inclusif, et que l’on opte pour  une autre paire de lunettes, il est possible de percevoir et d’identifier de nouvelles modalités de développement particulièrement en phase avec le vivre ensemble et le développement durable. Au delà des discours et des concepts toujours bien nécessaires, l’IAE imagine et construit de réelles initiatives, de manière pragmatique qui donnent sens aux notions d’économie circulaire. Ces dernières pour la plupart d’entre elles ne peuvent se développer sur la seule logique de l’économie linéaire qui repose sur la transformation des inputs et l’enfouissement des résidus toujours plus nombreux, car l’économie linéaire rejette aussi dans les territoires de la relégation les populations dont elle n’a besoin et à qui on reproche de vivre et de coûter.
 
Des approches qui font système et sens

Qui tente aujourd’hui de verdir les quartiers en mettant en place de réelles pratiques du vivre ensemble autour d’un jardin potager qui maille le vivre ensemble, le refus des pesticides, la sécurité alimentaire ? Qui invente aujourd’hui les nouvelles formes d’usage de l’habitat en encourageant des pratiques vertueuses de recyclage et de réelles créations de valeur autour d’objets devenus désuets dont l’avenir ne pouvait être que la benne ? Qui imagine aujourd’hui que la modernité n’est pas l’usage de produits jetables de couches aux textiles ? Qui aujourd’hui remet au goût du jour les savoirs profanes de générations qu’il aurait fallu éduquer sur les vertus de la chimie pour notre santé au détriment des cultures de plantes médicinales ? Qui invente aujourd’hui les nouvelles formes de dialogue et de participation citoyennes, rendant les habitants acteurs et moteurs de leur espace de vie ?

Les acteurs de l’IAE sont alors coupables de cette approche pragmatique de la transition. Doublement vertueux, car ils croient en l’humanité, ils valorisent les potentiels des populations exclus d’un marché du travail, véritable outil de tri sélectif des employables qui un jour ou l’autre seront usés et alors délaissés et parce qu’ils inventent l’économie de demain, plus douce, respectueuse des grands équilibre et de notre santé.

Et que l’on se rassure ces acteurs sont aussi très vertueux sur l’usage des deniers publics notamment  si on les compare avec le coût de l’exclusion.