« Territoires zéro chômeur de longue durée »
30 Mars 2016 : Assemblée nationale, salle Victor Hugo. Organisation ATD Quart Monde, Secours Catholique, Le pacte civique, Emmaüs.




 

Rappel du projet : « Territoires zéro chômeur de longue durée »
 
Moins de deux mois après l’adoption de la loi n° 2016-231 du 29 février 2016 d'expérimentation territoriale visant à résorber le chômage de longue durée, cette journée avait pour vocation de répondre aux interrogations que pose une telle expérimentation.
Comme le rapportait non sans humour, Madame Myriam El Khomry, Ministre du Travail, en clôture de cette journée, il est très rare qu’une loi fasse l’unanimité au sein des deux chambres. Néanmoins, afin de tendre vers l’objectif de zéro chômeur longue durée sur les territoires, les étapes à franchir sont d’importance, mais atteignables pour les parties prenantes d’un tel projet : des acteurs sociaux aux élus des collectivités territoriales.
Ce projet est aujourd’hui devenu « loi d’expérimentation » et a pu voir le jour grâce à la mobilisation de la société civile. ATD Quart Monde a eu un rôle crucial en tant qu’initiateur du projet. D’autres associations comme le Secours Catholique, Emmaüs France, Pacte civique ont ensuite suivi le pas. Ce projet fut ensuite porté par un député Laurent Grandguillaume.
Au cours des semaines à venir, les territoires choisis pour l’expérimentation seront retenus. Beaucoup de territoires se sont portés d’ores et déjà volontaires pour expérimenter cette initiative.
 
Avoir un emploi est un droit


Nul besoin de rappeler qu’au sein du préambule de notre constitution : « Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi ». Cet équilibre est depuis maintenant trop longtemps rompu, au détriment des plus pauvres, des plus précaires renforçant l’exclusion sociale chaque jour.
Cette journée avait également pour vocation à changer le regard porté sur les chômeurs. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux étaient présents et ont pu témoigner de leur envie d’être actifs et de contribuer au développement de notre économie. Dans le cadre de la Journée mondiale du refus de la misère, ATD Quart Monde a lancé un avis de grève du chômage. « Le 15 octobre, autour de piquets de grève conviviaux, chacun se mettra au travail [1]».
L’emploi doit être pensé comme une composante essentielle de la cohésion sociale, sans lui les maux de la société ne peuvent que s’aggraver.
La démarche de la société civile est de démontrer que ce n’est ni le travail au sein des territoires, ni les personnes capables de travailler, ni l’argent, qui ne manquent. Ce projet peut être qualifié « d’utopie » mais réaliste pour les protagonistes.
Ainsi, sur les territoires tests, il s’avère que si les chômeurs, les mairies, la DIRECCTE, les acteurs locaux, les entreprises collaborent tous ensembles, il est alors possible de trouver des solutions pour éradique le chômage de longue durée. De nombreux emplois, petits travaux s’avèrent être non pourvus au sein de nos collectivités. Bien entendu, ces emplois ne sont pas des emplois « types » et peuvent prendre la forme d’une heure d’entretien de forêt, d’une aide au transport, d’un accompagnement à traverser les enfants à la sortie de l’école, de s’occuper d’un jardin ou bien encore de personnes âgées… qu’importe l’activité et sa durée, le but étant de retrouver les voies vers le marché du travail. Ces emplois sont ponctuels, « la dignité ne se gagne pas par l’assistance mais par la reconnaissance ». Il s’agit de reprendre pied à l’étrier.
 
Parce qu’on n’a pas tout essayé contre le chômage de longue durée


Le financement de cette loi d’expérimentation est aussi novateur, il a pour but de réaffecter les coûts de l’aide sociale au financement d’emplois pérennes, socialement utiles au sein des territoires, sans que ces derniers puissent concurrencer les secteurs et entreprises en place. L’expérimentation vise à l’embauche en CDI de personnes inscrites depuis plus d’un an à Pôle emploi. Pour ce faire, des Entreprises à But d’Emploi EBE ou structures existantes en lien avec l’Economie Sociale et Solidaire seront créées lors de la mise en œuvre des décrets prévus pour Juin 2016.
 
Ce projet suscite de nombreuses interrogations

Un chômeur de longue durée, partenaire du projet sur un territoire test, présent dans la salle, a avoué avoir été septique au commencement : «  trouver un CDI dans une entreprise qui ne concurrence pas l’économie traditionnelle, c’est encore des gens de Paris qui vont trouver la solution ».
Quelle place les dispositifs d’insertion par l’activité économique ont dans ce projet ? Comment mobiliser tous les territoires et les acteurs dans cette démarche ? Surtout comment mobiliser les entreprises ? Comment aller chercher les personnes qui ne font plus partie des listes de Pôle emploi ? Quel rôle aura l’Etat ? Au vu du public spécifique que sont les chômeurs de longue durée, comment les entreprises s’adapteront pour une qualité de vie au travail ? Deux heures de repassage pour des ménages à fort pouvoir d’achat, les 10 % les plus riches, n’est-ce pas une déviance pour le dispositif ?
Face à ces questionnements, les territoires devront faire preuve d’imagination. Les dispositifs à mettre en place, les réalités en termes d’emploi, les partenariats présents ou à construire sont pour chaque territoire bien distincts et spécifiques. Il n’y a donc pas de règles au bon fonctionnement, beaucoup de choses peuvent être tentées dans la réalisation de l’objectif de 0 chômeur de longue durée, il faut être en mesure de travailler tous ensembles et se faire confiance.
 
Un comité de vigilance citoyen dédié


Pour autant, afin de mettre les territoires en possibilité de réussir ce défi, un comité de vigilance citoyen est prévu. Il a pour vocation à rassembler toutes personnes souhaitant participer à ce projet. Il doit : « garantir la fidélité de la mise en œuvre de l’expérimentation sur les 10 premiers territoires par rapport au projet présenté par ATD Quart Monde. Mobiliser les organismes ou les personnes souhaitant soutenir le projet et la deuxième phase de son développement. Accompagner la mobilisation et la préparation des territoires volontaires pour réaliser, au-delà des dix premiers, une expérimentation de résorption du chômage de longue durée ». Ce comité est le garant de la bonne réalisation de ce projet.
Face à l’enthousiasme des participants, un élu a formulé une requête « j’espère juste qu’il y aura assez de chômeur pour pouvoir tous les placer ».
 
L’humain au cœur d’un projet de société


Ce projet zéro chômeur de longue durée s’avère être un projet de société alternatif aux politiques publiques actuelles. Replaçant l’humain au cœur du dispositif, en effet « nous ne sommes pas que des numéros » et c’est parce que personne n’est à l’abri, que la société doit tout mettre en œuvre pour éradiquer ce fléau. En France, plus de trois millions de personnes sont concernées, ce chiffre n’a fait que de croitre ces dernières années.
L’Economie Sociale et Solidaire en plein développement a un rôle important à jouer dans le développement du projet. Les partenariats qu’elle a su développer, sa connaissance fine du territoire seront indispensables pour contribuer à cette « utopie réalisable ».
Il a été souligné l’importance d’encadrer ces différentes expérimentations dès leur lancement d’une évaluation ex-ante confiée à des tiers.
 
 
[1] est une citation que l’on trouve sur le site d’ADT Quart Monde.