Rares sont les époques, où la défiance vis-à-vis des hommes politiques et de leurs décisions, soit disant  prises dans l’intérêt général, aura été aussi importante de la part des citoyens. Les étroites relations de nos politiques avec des dirigeants étrangers peu scrupuleux, de grands industriels aux politiques peu vertueuses, des liaisons dangereuses/douteuses, pour certains jugés coupables judiciairement (abus de bien sociaux, détournement de fonds publics, abus de confiance, exil fiscal, harcèlement sexuel…) provoquent du dégoût et du désamour des citoyens envers « leurs » dirigeants politiques. Les derniers évènements, interdiction de manifester, policiers, CRS « cowboys » en plein abus de droit consument, une fois encore le peu d’espoir restant envers la classe politique. Les derniers taux de participation aux diverses élections sont bien maigres. Pour autant, face à cela des dynamiques citoyennes semblent n’avoir jamais été aussi riches et fertiles. Les nombreuses actions locales, mouvements comme #nuitsdebout, laissent paraître une volonté grandissante de faire de la politique autrement ensemble dans une éthique partagée. (agir local, penser global).

 
L’évaluation : une civilisation du vivre ensemble
 
L’évaluation ne se dresse pas comme un remède vis–à-vis de ce triste visage politique que nous connaissons, dorénavant trop bien. Néanmoins, elle est le miroir des actions mises en œuvre, permettant aux citoyens d’apprécier les divers impacts/changements que suscitent telles ou telles politiques et les engager ainsi à s'investir sur les questions politiques . (encore faut-il que les résultats soient lisibles par tous).
Un regain de confiance dans les choix politiques se doit d’être instauré, tout comme le rôle des citoyens renforcé. L’évaluation des politiques publiques peut être un premier pas vers une réconciliation entre politiques et citoyens. Pour cela, faut-il encore que des ponts soient créés et entretenus  pour que ces collaborations émergent et fleurissent. 
 
La démarche d’évaluation permet également la structuration et l’aide au développement d’activités sur les territoires. Par exemple, les établissements et services médico-sociaux (ESMS) doivent tous les 5 ou 7 ans conformément à la loi (n°2002-2 du 2 janvier 2002) lancer une procédure d’évaluation externe. Les lourdeurs administratives, les nombreux dossiers à fournir, la surcharge de travail, le stress, les situations de vie complexes de leurs bénéficiaires, les situations de fin de vie de ces derniers, font qu’un soutien, notamment pour clarifier les projets de la structure, peut être opportun. Cette loi, oblige notamment les ESMS à démarcher des cabinets externes. Bien souvent, pour ces structures cela est vu comme une contrainte de temps et une contrainte financière…
Si parfois les débuts d’intervention sont difficiles (confiance, peur du jugement, crainte de perte de temps…) les structures semblent être détendues en fin de collaboration, avec des projets de territoire et de stratégies à développer pour les années à venir clairs/structurés et précis.
Dans cette optique, le rôle, la posture de l’évaluateur est crucial, il n’a en aucun cas un pouvoir de sanction. Un travail de confiance et de clarification de l’intervention est primordial, l’évaluateur et la structure travaillent ensemble sans lien de subordination.
 
Il était une fois dans l’ouest
 
L’évaluation des politiques publiques est née dès 1960 aux Etats-Unis avec le New public Management. En France, cette culture s’est développée depuis maintenant deux décennies. Les administrations doivent évaluer leurs politiques publiques mises en place. 67 évaluations de politiques publiques ont été réalisées depuis trois ans. 7 milliards d’euros auraient été économisés.
Au sein de notre pays, divers institutions et acteurs ont endossé ce rôle d’évaluateur : Cour des Comptes, CESE, France stratégie, IGAS, IGF... mais aussi de nombreux cabinets privés.
Les résultats des travaux d'évaluation ne sont pas les mêmes en fonction de l'évaluateur retenu. Ainsi la Cour des Comptes attache beaucoup d'importance à la contrainte financière, là où le CESE se penchera plus sur l'utilité sociale et la réponse à des besoins sociaux.
 
(Pour suivre les dernières évaluations des politiques publiques (en France) en cours :  http://www.modernisation.gouv.fr/laction-publique-se-transforme/en-evaluant-ses-politiques-publiques/toutes-les-evaluations-de-politiques-publiques)
 
De nombreux travaux universitaires fleurissent sur les bienfaits et les techniques à mettre en œuvre pour évaluer au mieux l’action publique. Ces dernières années, la technique de « Randomisation » propre à Esther Duflo (« nommée en 2012 au sein du President’s Global Development Council, un organisme américain chargé de conseiller le président des États-Unis Barack Obama ») reprise par la Société Française d’Evaluation a été massivement mise en application. Cette dernière consiste à évaluer l’impact d’une politique publique en la comparant à deux groupes: un bénéficiaire et l’autre pas. Ce qui permet de constater, si le projet mis en place a eu un impact positif sur le public cible bénéficiaire. Cette technique est parfois critiquée, comparer deux populations ayant des contextes socio-économiques, territoriaux, différents peut biaiser les résultats d’une évaluation. De plus, l’éthique est remise en question, qu’est-ce qui justifie qu’une population bénéficie d’une politique et pas une autre ?
 

Face à cela, les seules certitudes pour une évaluation riche et de qualité sont de se recentrer sur une méthodologie affinée permettant de cibler au mieux les enjeux et les déterminants d’une politique. Un travail rigoureux sur la formulation de questions évaluatives se référant chacune d’entre elle à un critère (pertinence, efficience, efficacité, Impact, viabilité) permet au mieux de reformuler les attentes de cette politique. Cette première analyse permet de faire naître des hypothèses qui permettront d'initier un débat mettant en perspective les évolutions nécessaires pour cette politique. Afin d'objectiver les nécessaires débats, l'évaluateur doit être tout particulièrement attentif à se doter d'indicateurs simples et cohérents avec la formulation des questions évaluatives.

 
Evaluer une politique, un programme, au-delà de « rendre des comptes » aux contribuables amène une réflexion sur les orientations à mener et à prendre. En effet, à la fin de ce processus, si les effets sont jugés insuffisants, le projet peut être amené à être arrêté ou réorienté dans des délais stratégiques.
Au-delà de ce processus (d’évaluation) se terminant à un temps T, le principe de suivi est notamment primordial pour un affinage constant de la politique.
Pour que ce suivi puisse s’instaurer, faut-il encore que des budgets soit alloués et disponibles… Mais, également que les cycles d’évaluation correspondent à l’échelle temps des politiques.
 
L’évaluation vers une démarche citoyenne 
 
Hormis ces contraintes importantes à soulever, il semble que ces démarches d’évaluation aujourd’hui bien présentes dans nos sociétés peuvent permettre de développer un regain de confiance auprès de nos classes dirigeantes en les rapprochant de leurs citoyens.
Ces derniers en tant que bénéficiaires peuvent avoir un rôle prédominant dans cette évaluation des politiques publiques, des initiatives se développent dans ce sens. Développer ces collaborations entre évaluateurs, citoyens et politiques semble être un enjeu de taille pour contribuer à faire de l'intérêt général un horizon indépassable pour que la politique redevienne l'affaire de chacun.