Nous y étions
Le 25 mai 2016, l’Institut de la Gestion Publique et du Développement Economique, l’IGPDE organisait dans le sanctuaire du Ministère de l’économie à Bercy un colloque bien singulier autour des futurs démocratiques, économiques et numériques de l’Etat. Beau programme avec de belles affiches : Bruno Latour, Dominique Cardon, David Graeber, Michel SerresMaja Fjaestad, secrétaire d’Etat auprès de Kristina Persson,  ministre suédoise de la Stratégie, de l’Avenir et de la coopération nordique a contribué également aux échanges. Une belle utopie, un ministre du futur pour dépasser le temps court de l'agenda politique au service d'un Etat, toujours en chantier, pour conjuguer et  articuler l'héritage du passé, les priorités du présent et la prise en compte de l'évolution du contexte et des attentes contradictoires des citoyens.

Comment dépasser un Etat en quête veine de l'intérêt général, fruit de nos illustions, voire désillusions où l'expert supplante le débat citoyen, les affaires publiques étant bien trop complexes pour le commun des citoyens. Ne faut-il pas alors se doter d'une vision profane de l'Etat, à l'abri des barricades et des monastères pour abandonner les réponses à proposer au public, maladie infantile de la démocratie pour concevoir des politiques publiques orientées non plus public mais objet. Car s'il n'y a pas de gens désintéressés, il n'y a pourtant pas de choses qui appartiennent en propre. Il nous faut partir des objets de dispute. Or, le politique ou l'expert qui parle à la place, rend les sujets non négociables privatisant l'espace public de toute discorde.
 
Mais alors quel avenir pour l'Etat ?
Mais avant de parler de son dépassement, il nous faut réinterroger la mythologie que nous a enseigné Adam Smith. A l'origine, il n'y avait pas le troc, puis la monnaie et le marché doté de sa main invisible. Les antropologues nous enseignent au contraire que l'oeuvre de l'Etat a été de permettre au marché de fonctionner. La dette était à l'origine et non le troc, comme construction sociale de la soumission. Alors, si l'unique moyen d'éviter l'explosion sociale était justement... d'effacer les dettes ? Une belle utopie pour construire de nouvelles rives au vivre ensemble dépollué de la quête perpétuelle des économies à réaliser au détriment de l'épanouissement et de l'émancipation. Au public de (re)devenir citoyen.