Quel avenir pour les territoires à l’heure de la métropolisation ? Rencontre avec Laurent DAVEZIES (économiste, sociologue, spécialiste des questions territoriales)-Ecosite Eurre Drôme
 

Prenez-une Métropole et demain ça ira mieux…
 
En France les aires urbaines sont des territoires très dynamiques : les 6 plus importantes concentrent plus de ¾ des emplois récemment créés, plus de 80% du PIB national et 95 % de la population. « Plus on est gros, plus on est performant »
Les territoires qui fonctionnent pour le mieux, ont généralement une part significative de cadres au sein de leur population. Le chômage touche principalement les personnes peu ou pas qualifiées. En 2014, 4.4% de taux de chômage pour les cadres contre 14% pour les ouvriers… Des territoires comme Toulouse, Bordeaux, Nantes, Lyon… ont un nombre de cadres supérieur à la moyenne nationale et font partie des territoires les plus dynamiques. En fait, plus il y a de cadres en proportion sur un territoire, plus il est performant.
 
Alors que dans une époque où la mobilité est reine, où les équipements technologiques permettent de travailler sur n’importe quel territoire, il convient pour autant de constater que les « nouveaux » secteurs économiques numériques n’ont jamais été autant concentrés que n’importe quels autres types d’industries dans le monde. En effet, 80% des emplois créés dans le secteur numérique de 2007 à 2014 en France se sont agglomérés dans seulement 15 communes… Beaucoup d’experts pensaient que les tendances technologiques allaient déconcentrer les activités des pôles principaux, c’est tout l’inverse, ce qui confirme (encore) les théories d’Alfred Marshall sur les effets d’agglomération
 
Les métropoles sont gages de réussite, néanmoins des différences notables de performance économique, au sein de leur territoire, sont constatées . Des périphéries connaissent des taux de croissance bien plus élevés, selon les dernières tendances (prix du foncier) que certains centres villes. Ce qui permet d’apporter une nuance « au tout métropole ».
 
Y a-t-il une vie après la métropole ?
 
Certaines zones rurales sont en déshérence, où les indicateurs sociaux plongent tous un à un… Ces territoires ont connu de fortes mutations ces dernières années, chute vertigineuse de la part de l’emploi agricole, perte significative de population, proportion des personnes âgées de plus en plus élevée…
 
Néanmoins ce cumule de maux ne concerne qu’une minorité du monde rural. Nombre de territoires sont aujourd’hui en pleine mutation et changent de « fonction ». Beaucoup d’entre eux, aujourd’hui progressent plus vite que les grandes villes. La part des revenus augmente, notamment via l’arrivée de jeunes cadres. 47% des actifs en zones rurales travaillent dans des zones urbaines et dynamisent ainsi des territoires plus enclavés.
Certaines campagnes jouissent de multiples revenus : ceux des navetteurs, des retraités, de certains nouveaux emplois salariés, du tourisme…
Ils offrent une masse financière considérable permettant de rendre davantage ces territoires attractifs. Si la question des revenus est un paramètre déterminant pour le développement des territoires notamment ruraux, il conviendra d’être attentif à ce que toutes les politiques publiques veillent au développement des revenus y compris des revenus de transferts. La richesse d’un territoire ne se trouve pas essentiellement dans sa capacité à produire, sa capacité d’attraction de population (son revenu) est essentielle.  Capter les revenus générés sur un autre territoire et dépenser au niveau local est une source de développement tout aussi importante qu’une activité de production. Tout ceci fait référence à la théorie de la base
 
Non sans humour, Davezies évoqua « la paranoïa » des parents vis-à-vis de la qualité des écoles. Il conseille donc au territoire de construire de belles écoles même suréquipées pour attirer ces jeunes cadres dynamiques apportant des revenus indispensables pour ces territoires.
Ainsi, même dans des territoires reculés et pour certains jugés à l’abandon, des choix stratégiques d’aménagement, de politiques peuvent-être générateurs d’une économie locale bourgeonnante.

Cette conférence a eu lieu à Eurre dans la Drôme, au sein d’un territoire qui a su rendre « sa richesse locale » la rivière Drôme, la plus propre au monde, ce qui depuis plus de 20 ans engendre des
retombées économiques notamment touristiques et attire de nombreux nouveaux actifs.



 

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