Un chantier permanent, la réforme de l'Etat

Depuis le début des années 80, les services de l’Etat ont été soumis à un train important et incessant de réformes pour la plupart d’entre elles inspirées du New Public Management (qui apparaît, du point de vue conceptuel, en 1970). Elles ont pris des formes les plus diverses, touchant tout à la fois : les questions d’organisation, d’effectifs, d’évolution des emplois mais également les modes d’intervention.
Ces réformes ont connu différentes appellations : renouveau du service public (1989), Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP, 2007), Réforme de l’Administration Territoriale de l’Etat (RéATE, 2010), Modernisation de l’Action Publique (MAP, 2012), pour ne citer que les plus emblématiques d’entre elles ; c’est en effet, sans compter les autres actions conduites de manière volontariste et qui ont contribué à modifier elles-aussi, le paysage institutionnel, la nature profonde des missions et l’activité des services.
 
Une régulation centrale ou territorialisée ?

C'est au cours de cette même histoire que le service public, conçu comme une garantie d’ordre public à l’attention de l’ensemble de la population, répondant à une logique universelle, est devenu une accumulation d’offres à destination de publics spécifiques, de territoires singuliers, contraignant l’action publique à effectuer des choix, énoncer des priorités, devenir stratège comme le signifiaient déjà les travaux préparatoires au XI° plan (1994) : Pour un Etat Stratège garant de l’intérêt général. Ce qui a fait de l’intérêt général, non plus une norme sociale, une donne, mais un construit de l’action publique.
L’Etat n’étant plus au centre se doit de plus en plus composer, négocier, contractualiser avec d’autres ayant conquis au cours de la même histoire une légitimité grandissante. La légitimité républicaine est aujourd’hui partagée avec les collectivités territoriales, la Constitution reconnaissant le caractère décentralisé de notre République (2003).
Une vieille cicatrice est aujourd’hui ravivée, fruit de la Révolution Française, entre le caractère centralisé de la construction de la régulation et la place qui doit être donnée aux tenants du tout territoire. C’est alors que l’Etat a dû traverser différents épisodes aux ressorts contradictoires entre décentralisation (Premier épisode en 1982), déconcentration (1992), territorialisation de l’action publique (1993)…
 
Le mode d'élaboration de l'interêt général

La conception de l’action publique s’accommode avec difficulté de la pression exercée par des pans entiers de la société civile, aujourd’hui organisés en lobbyistes, faisant prévaloir tel ou tel intérêt particulier, au détriment de la construction de l’intérêt général. L’acteur public devenant alors le conseiller, au risque de sa propre instrumentalisation, par celui qu’il est censé conseiller.
L’objet même de la régulation publique s’en est trouvé fortement modifiée : d’un service relevant du bien commun, l’action publique vise plus aujourd’hui, souvent de manière vaine, d’organiser les réponses aux problématiques qu’il convient de faire partager dans le cadre des exercices toujours plus nombreux : les biens nommés diagnostics partagés, pour sécuriser les parcours, d’emploi, de santé, d’accès à… et faire avec les différentes parties prenantes, ce que l’on nomme parfois la gouvernance des politiques publiques.
Une nouvelle sémantique s’est alors imposée : projet, réseau, partenariat… notions qui appartiennent aujourd’hui aux doctrines managériales et qui ont supplanté les notions d’organisation du travail, de sens du service, de valeurs…
 
Les agents de l'Etat dans la tourmente 

Ce panorama serait incomplet si l’on omettait le poids pris, dans la fabrique de la norme, par le niveau européen, minimisant fortement la souveraineté de l’Etat central pris en tenaille, de toute part, de haut en bas, laissant de sa superbe, renforçant le discours autour de son inefficacité et la nécessité de s’en remettre aux lois naturelles du marché.
Par ailleurs, la révolution numérique avec les big data et l’accès libre aux données rend l’acteur public complétement transparent et modifie de manière substantielle son mode d’intervention toujours de plus en plus piloté par les systèmes d’information contrôlant précisément son action, sa productivité en lui imposant des modes de traitement des situations identifiées en amont mais pas toujours compatibles avec le réel qui résiste toujours à son enfermement dans des algorithmes.