Le dialogue social : la charpente de notre modèle social

Le dialogue social est une notion polysémique qui renvoie à plusieurs définitions, acceptions et envahit la sphère publique et médiatique. Que de représentations n’est-il l’objet ?
Il est souvent convoqué pour faire vivre différentes instances formelles ou informelles qui sont alors sensées produire un cadre normatif négocié ou tout simplement une réflexion partagée où le partage peut s’arrêter… au partage d’un désaccord. Le dialogue social renvoie alors à d’autres notions qui définissent les instances où ce dernier doit pouvoir s’exprimer : on parle de paritarisme, de partenaires sociaux, d’ordre public négocié… Ne fait-on pas état de la sagesse des partenaires sociaux dans leur capacité à traiter d’un objet sans le recours à d’autres observateurs, acteurs qui pourraient remettre en cause leur autonomie.
 
Le dialogue social, un supplément d'âme

Qu’on le prenne par tous les angles de vue : les volumes financiers en jeu, les acteurs autour de la table, les questions traitées, le dialogue social ne peut être considéré comme un supplément d’âme à notre modèle social ; il en représente la charpente qui s’appuie sur les fondations de l’Etat social. Il s’agit d’une architecture solide qui a traversé les guerres, les conflits, les crises économiques alors qu’il est devenu moderne de s’interroger sur son avenir et sur sa place : régulation couteuse, organisation enchevêtrée, manque de lisibilité, distance qui se creuse entre le terrain et les instances avec le parent pauvre du réel… sont les mots - voire les maux – qu’on inflige au dialogue social.
 
Le dialogue social : le ver est dans le fruit

Et pourtant, au-delà du modèle social et de sa prétendue spécificité, le dialogue social représente un rempart agissant au service de la civilisation des rapports sociaux qui seraient en son absence bien délétères. Alors on ne badine pas avec la notion de dialogue social. Il s’agit de l’expression civilisée d’un débat mettant autour de la table les intérêts contradictoires, et nécessairement contradictoires, entre les parties en présence. La question de la régulation des conflits qui s’expriment est donc déterminante aussi bien pour la performance d’un modèle économique que pour la santé mentale des parties en présence ; autant de sujets qui ne peuvent être la propriété d’un seul protagoniste. Il s’agit de notions qui relèvent du bien commun. Qu’il s’agisse alors d’huile dans les rouages ou de grains à moudre, le dialogue social se doit d’être alimenté… mais pas instrumentalisé.
 
Le dialogue social : l’envers de la génération spontanée

Comme le dialogue social semble patiner sur les pentes raides des agendas imposés par la doxa du tout marché et de la guerre vers toujours plus de compétitivité et de rentabilité, le dialogue devrait gagner en pertinence, nous dit-on, si l’on chaussait les pneus cloutés de la pédagogie à l’attention des parties en présence : la pédagogie, voilà le remède ! Faisons alors table rase des construits sociaux historiquement marqués et par essence éculés pour nous engouffrer dans un dialogue social modernisé, acculturé, comme si la matière sociale s’était gravée dans le marbre devenu imperméable et sourd aux évolutions du réel. Mythologie ? Idéologie ? Non, le dialogue social appartient à la matrice et constitue le patrimoine le plus précieux de l’humanité et de la civilisation.

Le dialogue social : un tour de main ?

Le dialogue social mobilise un réel savoir-faire, il est un véritable travail qui mobilise énergie, intelligence, savoir… il devient alors tentant d’en faire la « chose » de spécialistes s’accaparant l’objet « dialogue » au détriment de la multitude qui en serait privée. Et pourtant un dialogue social décentralisé, décomplexé aux mains des parties prenantes de l’entreprise permettrait-il l’expression des nécessaires contradictions dans un espace par nature et par essence non équilibré ?

Le dialogue social : une recette où tous les ingrédients comptent

Le dialogue social n’est pas à confondre avec l’infantilisation d’une des parties par l’autre ou son instrumentalisation. Il n’y a pas d’un côté de la table les sachant et les non sachant de l’autre côté qu’il conviendrait d’éduquer. Le dialogue social est par ailleurs un passage obligé, à froid, à chaud, en amont, en aval, d’un conflit, d’une signature… il est processus et il produit ou pas de l’innovation ou de la régression sociale, en fonction des rapports de force qui s’alimentent des arguments des uns et des autres. Sans revenir en arrière autour de la question de l’expert, l’argument et sa construction mobilise le recours à un cadre méthodologique rigoureux. Sans en faire un métier, sa maîtrise ne va pas de soi. Elle laisse à voir, elle est l’objet de transmission, elle s’appréhende et elle est objet de connaissance. Il ne s’agit pas ici seulement de la maîtrise des contenus mais également de la maîtrise de ce qui se joue.

Le dialogue social sur des objets très étendus

L’actualité récente s’est largement focalisée sur l’entreprise et d’ailleurs au détriment de la branche comme vectrice plus appropriée du dialogue social. Notre tradition est forte de la matrice qu’a pu jouer la branche dans la construction de notre modèle social. Mais au-delà de la question qui peut faire couler de l’encre en matière d’inversion de la hiérarchie des normes, le lieu du dialogue social ne peut en être réduit au débat sur le caractère plus ou moins supplétif de la branche ou de l’entreprise. Car y voir de plus près, d’autres lieux sont investis de ces questions. La liste est d’ailleurs longue, peut-être trop longue. Car il est possible de faire deux listes et de les croiser entre les différents objets et les différentes instances. Sans prétendre ici à l’exhaustivité, il est possible de poser un noyau dur qu’il convient d’interroger sur sa capacité à réellement faire vivre les principes d’un dialogue social vertueux. Il convient bien sûr d’interroger en premier lieu, l’entreprise et la branche. Il y a également les territoires qui ne sont pas sans reste : du régional au territorial. Les organismes paritaires : de la sécurité sociale aux OPCA, les instances tripartites et sans oublier la dernière invention du quadripartisme qui sont des espaces à observer. Prenons ensuite, la santé, le handicap, l’emploi, l’insertion, la formation… sont également des questions qui relèvent du dialogue social.

Le dialogue social et son tiers
 
Compte tenu de la complexité de l’exercice, soit la production d’un argument construit en partant du réel et sa confrontation à un autre réel celui de l’autre partie prenante, un tiers n’est-il pas à mobiliser pour faciliter la production confrontée des argumentaires et la recherche d’un compromis acceptable et nécessaire pour dépasser les situations de blocage, voire l’absence de toute production sociale par arrêt sur image ?
Tiers accepté par les parties, non par sa neutralité mais au contraire par son engagement, en tant qu’accélérateur de particules au service de l’équilibre dans les échanges pour l’expression aboutie de la contradiction et la compréhension des tensions qui opposent les uns aux autres ; ce tiers peut être un appui et non une substitution à une quelconque des parties. Il ne fait pas à la place, il ne participe pas de l’intrigue, il aide à la construction, y compris à sortir par le haut d’un conflit aux issues incertaines et non stables.

Pour une ingénierie des relations sociales

Rompus depuis plus de vingt ans aux questions relatives au dialogue social, un collectif de consultants, riches de pluridisciplinarité, d’expériences diverses au niveau des entreprises, auprès des IRP, des branches, des filières, des services de l’Etat… tant sur les question de santé, d’handicap, de performance économique et social, d’emploi, de formation… mettent au pot commun leur savoir-faire et leur engagement au profit des leviers à construire pour un dialogue social producteur d’innovations sociales.
 
Que signifie concrètement cet engagement ?
 
Compte tenu, de l’importance de l’enjeu à faire vivre, renforcer, développer le dialogue social comme vecteur de l’innovation sociale, un tiers peut être nécessaire pour investir avec les acteurs du dialogue social les objets suivants :
  • Capitaliser et mutualiser les expériences accumulées au bénéfice de leur valorisation et de leur diffusion
  • Mettre en perspective les pratiques nouvelles, les signaux faibles des nouvelles formes de dialogue en précisant leurs limites et les opportunités que ces dernières présentent
  • Intervenir dans le cadre d’expérimentations et proposer la construction d’un cadre de méthode négocié
La mise à distance des pratiques accompagnées mobilise un comité scientifique intégrant différentes disciplines : juridiques, sociologiques, ergonomiques… et donne lieu ainsi à production de connaissances par l’expérience analysée, mobilisée par les parties prenantes.

L'expérience ne vaut-elle pas la peine d'être vécue ?