Délitement, décadence : du virtuel au fictif
 
Même si tout est dans tout, et qu’une vision globale s’impose pour se mettre à distance et qu’il est préférable, pour tenter de comprendre des situations que nous vivons, situations toujours plus complexes, de s’en remettre au prisme de la systémie, l’actualité nous engourdit dans un grand fourre-tout des plus confus nous contraignant à séparer des liens fortuits qui se sont tissés au mépris de toute approche un tant soit peu rigoureuse.
 
Un grand pot commun, un fourzytou, une cuisine de bas étage, contraire à notre patrimoine gastronomique, a envahi les cuisines médiatiques, au risque d’une indigestion généralisée. Certains ingrédients sont pourtant nobles au bon fumet, quand d’autres sentent le relent, la pourriture de vieux grimoires que l’on pensait à jamais d’un temps révolu. Tout a été mis au même plan : l’Etat, les politiques publiques, les personnages politiques, la chose publique... provoquant le rejet en bloc de tout ce qui relève pourtant des fondements et des fondamentaux du vivre ensemble. Le vivre ensemble serait condamné, le repli sur soi privilégié. Pour reconstruire sur des bases saines, il va falloir détricoter l’ouvrage qui s’est enlaidi au fil du temps et des événements plus récents.Et pourtant, les atermoiements ne viennent pas toujours là où il serait légitime de les attendre. Derrière la question des emplois fictifs, des indemnités de licenciement pour du non-emploi… se cache la partie immergée des collusions d'intérêt, faisant du politique le vassal d’une basse opération de raquette sur le bien commun.
 
Ce bien commun est devenu la propriété du délégataire de l’expression citoyenne auprès de laquelle, il n’a point de compte à rendre. Dormez bonnes gens ! La situation est suffisamment délétère pour que cette appropriation illégitime concerne également l’Etat. L’Etat c’est moi pourrait s’époumoner plus d’un prétendant à la plus haute magistrature. La main gauche de l’Etat : l’Etat social est mutilée, elle n’a jamais été autant affaiblie. Dans l’incapacité à avoir soufflé sur les bougies d’un anniversaire important pour la sécurité sociale, on se plaît à imaginer d’autres solutions, considérant de fait que cette ère est d’ores et déjà révolue, appartenant au musée de l’histoire ; même si ce que l’on imagine est digne d’intérêt à condition que l’on se soit évertué à faire fonctionner correctement nos constructions sociales qui ont pourtant su faire face à de nombreuses épreuves. Ces constructions sociales seraient dispendieuses, d’un autre temps à jamais désuet. Alors que nous pensions avoir tourné le dos résolument au XIX° siècle avec ses cortèges de souffrances et d’inégalités sociales, nous nous plaisons au demi tour en arrière toute. Il suffit de se revendiquer du principe de modernité et de clamer en marche. Nous avons alors le choix entre la féodalité et ses privilèges et privilégiés ou la modernité de l’épanouissement de l’individu qui aspire à faire Start up et devenir milliardaire.
 
Quelle idée de vouloir retourner la table et faire table rase et se lancer en double saut (sot) périlleux dans une aventure dont l’histoire nous apprend que les issues ne sont pas des plus heureuses. Les outils, les instances, les cadres sont là, mais il convient de s’en saisir, les faire vivre et accepter le regard citoyen et la place de celui-ci dans les choix autour desquels, il convient de délibérer en toute sérénité.
 
Il y a cependant un point dur, une dernière réminiscence de la féodalité à faire tomber, évitons que cela se fasse dans la violence, sur la place de la Nation, le Président et les présidentielles et les débats primaires qui ont précédé.
 
La politique rabaissée au choix d’un homme ou d’une femme à qui l’on remet les clés de l’Elysée doit résolument appartenir à un passé royal, mais certainement pas républicain. Il est urgent de réinvestir le Politique et laisser la politique à la cour des prétendants aux plus hautes fonctions, même si ces dernières sont virtuelles ou fictives.