En marche vers Tabula rasa ?

Que d’inerties restent à combattre,
Que de positions assises méritent d’être remises en cause,
Que de voies de progrès à investir,
Que d’agacements nombreux pour ceux qui voudraient tout voir bouger,
 
Mais pour faire quoi ? Pour aller où ? Et avec qui ?
 
Le passé serait à mettre à pertes et profits, dont les productions resteraient au mieux à archiver au musée de l’histoire. L’histoire, fruit de sagesse et d’enseignement serait devenue mauvaise conseillère.

De nouvelles formes de conflits ?

Aux conflits « traditionnels » de classe, de rapports de force, de nouvelles fractures sont ravivées au bénéfice des générations, entre les anciennes qui auraient profité de la croissance, sans se soucier des lendemains et les nouvelles, éprises de pragmatisme, comme si les tranches jeunes représentaient un objet social homogène : génération X, Y et Z. Vision confortable pour tenter de dépasser les fractures moins inavouables, de revenus, de richesses, de conditions de vie, pourtant bien objectivables. Les exploités érigés au rang de défavorisés auraient alors une propension à refuser tout changement, la résistance s’exercerait au profit d’une inertie qui deviendrait la marque suprême de l’archaïsme, face à la réalité du moment que l’on nous sert comme prétexte pour abandonner… nos privilèges.

De cette situation à haut risque de conflits intergénérationnels où le moderne serait jeune, plutôt urbain et digitalisé et où le vieux monde s’exprimerait dans les campagnes profondes, en zones blanches, non couvertes, une nouvelle dichotomie s’est invitée ; la cartographie des dernières élections renforçant a priori ce plaidoyer. Mais à y regarder de plus près, la réalité semble plus complexe et se laisse de moins en moins enfermée dans ces nouvelles catégories que le pouvoir médiatique se complait à véhiculer, lui-même perturbé par les changements en cours.
 
Une société sans transmission ?

Alors que nous sommes confrontés à une impérieuse nécessité de transmission dans tous les registres : transmission de l’histoire, des pratiques sociales, des tours de main professionnels, des pratiques sociales… le sénior, déjà le bien nommé dès 45 ans se retrouve au ban de la société, il coûte cher, il ne s’en laisse pas conter, il résiste au changement… conditions des plus absurdes avec le rallongement de la vie professionnelle.

Cette vision du monde s’est subrepticement invitée sur le champ du politique. Qu’il y ait besoin de toiletter le visage des responsables, qu’ils soient en charge des affaires publiques ou du dialogue social… plutôt dans la tranche d'âge des retraités, plutôt masculins et où la diversité n’est qu’une simple idée… nul ne peut, du point de vue de la démocratie, s’y opposer… mais ce passage du jeunisme au « vieillisme » à quelque chose d’arrogant. Car derrière la question de générations se cache la volonté politique toujours plus affirmée de Bruxelles à Paris d’en finir avec les intermédiaires, et l’intermédiation.
 
Entre l'Etat et l'individu... le néant ?

Il s’agit de construire un modèle social reposant sur la sagesse et l’autonomie de chaque individu, et entre l’individu et l’Etat, point besoin de régulation, le marché, forme institutionnelle désincarnée suffit.
Les institutions intermédiaires constituent pourtant les derniers contre-pouvoirs du système présidentialiste de la V° République, qu’il conviendrait de passer à la trappe de l’histoire au profit de l’efficacité, de la rapidité de la décision. Ordonnances et 49.3 sont les armes visibles de la fabrique de la norme sociale, au mieux concertée mais de moins en moins négociée, expression d’un compromis social non plus acceptable mais réaliste comme se plaisent à dire les commentateurs patentés.

Alors au bénéfice d’une volonté d’en découdre avec nos constructions sociales que l’on se plait à qualifier de vieillottes et sous couvert d’une volonté de faire table rase du passé et des générations dispendieuses, les corps intermédiaires et les organisations paritaires sont dans le collimateur de ceux qui pensent que le budget d’une Nation se gère comme le budget d’une famille. Les éléments de langage sont posés : de la Fraternité et de la Solidarité à la charité, de l’Egalité à l’équité et de la liberté mais seulement d’entreprendre… Ce sont les nouvelles règles d’or de nos démocraties en Europe.
 
Le nouveau vent de la réforme

Le vent de la Réforme tourne : alors qu’il s’est longtemps agi de créer des outils, des institutions, des agences venant à rajouter aux millefeuilles de nos modes d’intervention, aujourd’hui, le vent forcit et vise à supprimer tout sur son passage sans dresser aucun inventaire. Le rideau s’ouvre sur un nouveau théâtre des opérations : UNEDIC, OPCA… de gestion paritaire à gestion tripartite, de nationalisation annoncée, privant les partenaires sociaux de leurs responsabilités, pour mieux en venir à la privatisation, à la mise aux normes assurantielles des fleurons de la régulation sociale, le chemin est tracé. La mise en marche d’un tel mouvement ne date pas du 7 mai, mais le processus est dévoilé, la feuille de route est tracée et il ne s’agit pas d’un chemin de traverse mais d’une autoroute à grande vitesse.

Alors le débat, la controverse, les lieux d’expression ont-ils un avenir ? Le paritarisme sera-t-il un simple objet pour l’historien… quant au quadripartisme ? La colère pourra-t-elle trouver un terrain de jeu dans la seule entreprise et surtout pourra-t-elle y trouver les modalités de son dépassement… L’histoire en marche nous le dira.